TONY GARNIER, RETOUR AUX SOURCES - 14
XIV. L’hôtel de ville de Boulogne-Billancourt
L'hôtel de ville de Boulogne-Billancourt, situé à l’époque dans le département de la Seine, a été construit à l'initiative du maire André Morizet (1875-1942). Après son élection en 1919, il cherche à doter Boulogne d'un hôtel de ville monumental, marqueur de la modernité et du succès du socialisme municipal. L'hôtel communal de Schaerbeek, dans l’agglomération de Bruxelles, retient l'attention de Morizet, qui souhaite faire de sa mairie une sorte d’« usine municipale ». Après l’avoir rencontré, il choisit Tony Garnier, qui a jusqu’alors peu construit en dehors de Lyon, mais qui accepte ce projet avec enthousiasme.
Morizet est un maître d’ouvrage exigeant. Tony Garnier remet plusieurs fois en cause son travail et va jusqu’à proposer une dizaine de versions différentes du bâtiment. Finalement, la mairie ne possèdera pas de beffroi, comme Garnier l’avait imaginé pour le bâtiment regroupant les salles d’assemblée de sa future Cité industrielle. L'édifice est constitué de deux parallélépipèdes distincts réalisés en béton armé. Le premier bâtiment abrite les services offerts au public (salle du conseil, salles de réception). Le second regroupe l’ensemble des services administratifs. Il est structuré autour d'un grand espace intérieur organisé sur trois étages, éclairé par des verrières zénithales, le hall des guichets. Chacun des étages possède une galerie suspendue qui fait le tour du hall. Tous les services sont distribués autour de cet espace central. Sobre, voire austère à l’extérieur, l’intérieur de l’hôtel de ville relève davantage de l’Art déco, style phare à Boulogne-Billancourt où il a connu un essor dans les années 1920 à 1930. Si les décorations existent, comme les feuilles d’or appliquées sur les colonnes et les murs de la salle des mariages, l’ensemble est d’une grande sobriété et dégage d’importants espaces libres qui facilitent les déplacements des usagers et du personnel municipal.
Le chantier se déroule de 1931 à 1934. Tony Garnier ne souhaitait pas diriger les travaux, comme il l’avait annoncé d’emblée – il a déjà plus de soixante ans au début du chantier et est préoccupé par l’achèvement de plusieurs de ses grands projets à Lyon, dont la Cité des États-Unis et l’hôpital Grange-Blanche. La maîtrise d’œuvre déléguée incombe donc à l’architecte Jacques Debat-Ponsan, tandis que Jean Prouvé intervient sur les huisseries et les équipements métalliques. Cette œuvre parfaitement maîtrisée a traversé sans dommage générations et bouleversements, bien qu’une partie du mobilier d’origine ait disparu. Les façades et toitures de l’édifice ayant été inscrites au titre des Monuments historiques en 1975, la Ville de Boulogne-Billancourt valorise cet héritage à travers les initiatives de son service de l’Architecture et du Patrimoine et le rayonnement d’un musée consacré aux années 1930. Ce bâtiment, qui vient de fêter ses quatre-vingt-dix ans avec le concours de l’Institut Tony Garnier, fait actuellement l’objet d’une demande de classement intégral aux Monuments historiques, ce qui serait une première pour une œuvre de Tony Garnier.
Le hall des services administratifs en chantier, vers 1933 – Photo © Archives municipales de Boulogne-Billancourt
Conception et rédaction des récits par l'Institut Tony Garnier.